En République Centrafricaine (RCA), le paludisme reste au premier plan des causes de morbidité et de mortalité. La lutte anti-vectorielle est l’une des approches pour réduire la transmission de cette infection. Malheureusement en RCA, aucune donnée sur l’état de la résistance des vecteurs du paludisme n’est disponible. Cet article intitulée “Evidence of multiple insecticide resistance mechanisms in Anopheles gambiae populations in Bangui, Central African Republic” publiée dans la revue internationale Parasites and Vectors est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’Université de Denver aux Etats-Unis, d’Abomey-Calavi au Bénin et du Groupe à 4 ans de l’Institut Pasteur de Bangui en RCA. Il présente les premières données sur l’évaluation du statut de la résistance aux insecticides des populations d’An. gambiae.

Afin d’estimer le niveau de sensibilité de ces vecteurs et mettre en évidence les mécanismes impliqués dans la résistance aux insecticides des populations d’An. gambiae ont été collectées en 2014 dans sept quartiers de la ville de Bangui. Au laboratoire, les auteurs ont procédé premièrement aux bio-essais c’est-à-dire à l’exposition de ces populations d’An. gambiae aux insecticides pour évaluer leur mortalité après 24 heures. Ensuite, des analyses moléculaires et biochimiques ont été réalisées afin d’essaye de comprendre les mécanismes à l’origine de cette résistance.

Les résultats des bio-essais indiquent que toutes les populations d’An. gambiae testées sont résistantes au DDT et aux pyréthrinoïdes puisque le taux de mortalité enregistré après 24 heures a été inférieure à celle de la souche de référence (souche sensible) utilisée lors des tests. En revanche, ces populations étaient toutes sensibles au malathion et au fénitrothion, exceptée une population collectée sur l’un des sept quartiers (Gbanikola). À cet effet, le malathion et le fénitrothion pourront être proposés pour la lutte contre An. gambiae. Enfin, les principales causes de résistance identifiées chez ces populations d’An. gambiae sont la présence de la mutation kdr-w (L1014F) dans tous les sites et la quantité élevée d’enzymes de détoxification chez les moustiques analysés, tel que le Cyt P450, le GST et les estérases connues pour empêcher l’action de l’insecticide et donc réduire son efficacité chez le moustique.

La coexistence de ces mécanismes de résistance constitue un sérieux obstacle au succès futur de la lutte anti-vectorielle, en particulier celle aux pyréthrinoïdes puisque ces derniers constituent la seule famille d’insecticides recommandée pour l’imprégnation des moustiquaires. Ainsi, de nouvelles études devront être menées rapidement pour identifier de nouvelles stratégies de lutte contre le paludisme en RCA.