Claudine BEKONDI, Ph.D.

Chargé de Recherche 4ème Echelon
Maître Assistant CAMES, Microbiologie
Responsable du laboratoire des virus oncogènes

Laboratoire des virus oncogènes

  1. Evaluation de la prévalence des agents pathogènes viraux (VHB/D, VHC, VHE, VIH et HTLV-1/2) chez les donneurs de sang au Centre National de Transfusion Sanguine de Bangui, République Centrafricaine.

 Problématique et objectifs

Le CNTS de Bangui est l’unique banque de sang pour tout le pays et la collecte et la distribution de sang dans les hôpitaux constituent  sa principale activité. Cependant, plusieurs facteurs rendent compte des difficultés rencontrées au niveau du CNTS de Bangui pour atteindre une sécurité transfusionnelle optimale : (i) la détection des anticorps anti-HIV1/2, des anticorps anti-VHC, de l’antigène de surface du VHB (AgHBs) est réalisée à l’aide d’un seul test de dépistage rapide sans un second test de confirmation en cas de résultat positif, (ii) du fait de la mauvaise situation économique actuelle du pays, le dépistage du génome viral (DGV) des VIH, VHB, VHD et VHC ainsi que le dépistage des VHE et des HTLV ne sont pas pris en compte. Par conséquent, la prévention de la transmission de ces virus par la transfusion sanguine constitue un problème de santé publique en RCA.

Les objectifs de notre recherche sont d’évaluer la prévalence de ces virus,  d’étudier les caractéristiques épidémiologiques des virus des hépatites B (VHB, VHD, VHC, VHE), du VIH et des virus HTLV-1/2 et l’impact de leurs co-infections dans la population centrafricaine. Outre des intérêts scientifiques, ce projet a aussi pour but de fournir aux autorités de santé locale et à l’OMS (principal partenaire du CNTS), un tableau épidémiologique précis de ces infections virales chez les donneurs de sang afin de renforcer les capacités de dépistage de ces virus au niveau du CNTS. Par ailleurs, l’identification possible du VHE et des HTLV-1 et 2 devra encourager les autorités de santé à inclure le dépistage systématique de ces virus en routine au CNTS de Bangui.

  • Résultats

Sur une année complète, nous avons collecté des matériels biologiques (plasma, Buffy coat et ADN/ARN viraux) et des informations épidémiologiques pour 2546 donneurs de sang.

Les résultats sur 2546 échantillons étudiés sont accablants, 4,6% des donneurs sont positifs pour le VIH, contrairement à ce qui a été communiqué par le CNTS qui trouve 3,5% sur le même échantillonnage en utilisant un seul test de diagnostic.

Les sérologies HTLV ont été réalisées pour tous les 2546 donneurs : 200 sérologies HTLV étaient positives. A ce jour, le nombre de Westen Blot  réalisés sur les 200 échantillons positifs en sérologie est de 63 ; avec les profils suivants : 1 HTLV de type 1 (caractérisé par PCR) ; 27 profils indéterminés et 35 profils négatifs.

La recherche des marqueurs sérologiques de l’infection par le VHE a été réalisée pour 1337 échantillons : la prévalence de l’infection par le VHE est de 7,6% (101/1337) dans la population étudiée [IgM (+) ou douteux / IgG anti-VHE (+) / (–) ou douteux]. 432 donneurs de sang (32,3%) dont 43 étaient en cours de séroconversion [IgM (–) / IgG douteux] et, 389 donneurs avec le profil [IgM (–) / IgG (+)] témoignant d’une infection actienne.

1055 échantillons ont été testés pour les marqueurs du virus de l’hépatite C. Les anticorps anti-VHC étaient positifs pour 83 donneurs de sang soit un taux de prévalence provisoire d’environ 8%.

A l’heure actuelle, 972 ont été testés. L’AgHBs a été testé et confirmé positif chez 165 donneurs, ce qui représente une prévalence de 17%. Parmi les 165 donneurs infectés par le VHB, 17/165 (10,3%) sont coinfectés par le virus de l’hépatite Delta [Anti-HD(+)].

1.3. Discussion et perspectives

Les premiers résultats de cette étude sont d’une extrême gravité car, à ce jour, des patients peuvent toujours recevoir du sang contaminé par le VIH, les VHB, VHD, VHC, VHE et les HTLV par la transfusion sanguine en Centrafrique. Cette étude a permis d’exclure du don de sang les donneurs de sang testés positifs pour ces virus.

La recherche d’une sécurité maximale en transfusion sanguine passe par le diagnostic des principales maladies virales susceptibles d’infecter le receveur. Les tests ELISA de 4ème génération (qui détecte à la fois l’Ag P24 du VIH et les anticorps anti-VIH sont plus appropriés pour dépister des primo-infections.

Cependant, l’utilisation du dépistage du génome viral en complément des tests ELISA est un moyen très efficace pour la détection de ces virus car le risque de prélever des produits sanguins potentiellement infectieux est conditionné par la double éventualité de prélever un donneur de sang à la fois à la phase virémique de l’infection et à un moment où il soit asymptomatique : il s’agit de dons infectieux, collectés pendant la fenêtre sérologique silencieuse.

Les perspectives à venir sont : (i) de finir la recherche des marqueurs sérologiques de l’infection par les VHB, VHD, VHC, VHE chez tous les 2546 inclus, (ii) d’extraire les acides nucléiques viraux sur tous les prélèvements positifs, et (iii) de caractériser les virus circulants à la recherche d’éventuels variants viraux.

Enfin, à partir de cet échantillonnage biologique, de futures études épidémiologiques pourront être réalisées pour tester et comprendre la circulation et la dynamique (études de prévalences) d’autres «nouveaux » virus.

 

  1. Caractérisation de nouveaux biomarqueurs sériques du cancer primitif du foie en Afrique Equatoriale : la République Centrafricaine et le Cameroun)

 

2.1. Situation du sujet

En Afrique Sub-saharienne, la proportion de CHC attribuable à l’hépatite chronique B ou C représente environ 85%. On dispose toutefois de très peu de marqueurs biologiques signalant cette tumeur, une situation qui aboutit à sa détection tardive quand le patient ne possède déjà plus aucune chance de guérison. Bien que le taux de l’alpha-foetoprotéine (AFP) sérique est actuellement reconnu comme le marqueur tumoral le plus utile en pratique clinique pour la détection précoce du cancer primitif du foie (CPF), il est de plus en plus clair que le dosage de l’AFP en situation de diagnostic est insuffisant, à la fois en raison du taux élevé de faux positifs chez les patients ayant une hépatite et parce que le taux de l’AFP commence à augmenter lorsque que l’invasion vasculaire se produit. Cela rend donc très peu sensible la détection de l’AFP des lésions précoces qui sont à un stade curable.

 

2.2. Problématique et objectifs

L’analyse des acides nucléiques circulants libérés par la tumeur représente une possibilité de détection de la maladie. Les marqueurs potentiels sont nombreux (mutation ou méthylation de l’ADN génomique, micro ARN circulants, variants viraux) et relativement facile à caractériser sur le plan moléculaire. Enfin, l’essentiel des études est réalisé en Extrême-Orient et les données concernant les patients africains sont très parcellaires. Nous nous proposons de comparer les acides nucléiques libres circulants chez des patients atteints de CPF à ceux retrouver chez des individus appariés contrôles atteints ou non de maladie hépatique chronique dans deux pays de l’Afrique équatoriale : le Cameroun et la République Centrafricaine.

 

2.3. Résultats : bilan intermédiaire pour le site de Bangui

Au 18 juin 2015, 129 cas de CPF, 126 témoins du groupe T2 (patients atteints d’hépatite chronique B ou C sans CPF) et 97 témoins du groupe T1 (patients consultant pour des affections non hépatiques) ont été inclus dans l’étude. A l’heure actuelle, 52 échantillons des cas de CPF, 68 des T2 et les 97 des T1 ont été analysés.

 

2.3.1. Concentration en ADN libre circulant (ADNlc) dans les échantillons

Les prélèvements issus de patients atteints de cancer contiennent plus d’ADNlc que ceux des autres groupes. Cette différence n’est cependant pas significative entre les cas de CPF et les T2 de Bangui.

Claudine 1

Figure 1 : Différences de concentrations en ADNlc entre les différents groupes de sujets inclus en RCA.

2.3.2. Différences de concentrations en ADN libre circulant entre les hommes et les femmes atteints de cancer à Bangui, RCA.

Chez les patients atteints d’un CPF, la concentration en ADNlc est plus importante chez les hommes que chez les femmes et semble, de plus, liée à a souffrance hépatique ; telle que mesurée par les transaminases.

Claudine 2 

Figure 2 : Différences de concentrations en ADN libre circulant entre les hommes et les femmes atteints de cancer à Bangui.

 

2.3.3. Etude des marqueurs sérologiques des VHB et VHC chez les cas et les témoins 2

   Chez les 52 cas de CPF : 28 sont infectés par le VHB parmi ceux-ci 11 co-infectés par le VHD ; onze (11) patients infectés par le VHC, 2 coinfectés par le VHB/VHC et les 11 autres cas ont des anticorps anti-HBc isolés avec ou sans Anticorps anti-HBs.

Chez les 68 témoins du groupe T2 : 31 sont infectés par le VHB dont 16 co-infectés par le VHD ; 9 infectés par le VHC, et 4 co-infectés par le VHC/VHB.

 

2.4. Discussion et perspectives

Au total, les résultats obtenus sont encourageants et méritent d’être approfondis et étendus à d’autres marqueurs moins connus. Le but étant de détecter des anomalies circulantes chez >95% des patients atteints de cancer primitif du foie.

Cependant, ces résultats et leur interprétation sont très préliminaires. En effet, nous n’avons pas encore étudié les témoins T2 qui pourraient présenter également des mutants circulants.

De plus il nous reste à étudier la présence de formes mutantes dans l’ADN des lymphocytes car on sait que des cellules intactes s’échappent parfois des tumeurs et celles-ci sont alors mélangées aux cellules sanguines circulantes. Par opposition à ce que l’on observe pour l’Extrême-Orient, la génétique du cancer du foie est mal connue en Afrique sub-saharienne.

Nous envisageons de valoriser les résultats de nos travaux en publiant également dans ce domaine largement inexploré.