Le Réseau International des Instituts Pasteur (RIIP) et l’Institut Pasteur (Paris) ont défini une stratégie commune de surveillance, ainsi qu’un renforcement de capacités visant à développer des activités de recherche sur la thématique de vulnérabilité à l’antibiorésistance. A travers le projet Surveillance de l’Antibio-Résistance en Afrique (SARA), ils visent à répondre à ce défi majeur et prioritaire de santé publique, y apportant un savoir-faire et des capacités scientifiques internationalement reconnues.

La consommation massive et inappropriée des antibiotiques, aussi bien en santé humaine qu’animale, favorise l’apparition de bactéries résistantes à ces médicaments et les rend donc inefficaces. De plus, leur usage contribue à augmenter leur présence dans l’environnement, notamment en Afrique où la consommation des antibiotiques est peu contrôlée et la résistance peut conduire à des impasses thérapeutiques potentiellement responsables d’une surmortalité. C’est pourquoi la lutte contre l’antibiorésistance doit suivre une approche « One Health, Une seule santé » préconisée par les instances internationales, comme l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). La surveillance de la résistance aux antibiotiques suit les évolutions des populations microbiennes, permet la détection précoce des souches résistantes importantes pour la santé publique et appuie la notification de ces souches. Au niveau mondial, elle est coordonnée par le système de surveillance Global Anti Microbial Resistance de l’OMS. Le but de ce système est de combiner les données cliniques, épidémiologiques et de laboratoire concernant les pathogènes qui posent un problème de résistance au niveau mondial. Cette surveillance est capitale pour la protection de la santé publique et la définition des actions prioritaires.

En République Centrafricaine, si un plan stratégique a été élaboré, il n’est pas mis en œuvre. Le renforcement de la surveillance et de la lutte contre l’antibiorésistance ne fait pas partie des priorités

de la stratégie de coopération entre l’OMS et le Ministère de la Santé et de la Population et le pays ne fait pas encore partie du système GLASS de l’OMS (le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens). En se calant sur la méthodologie TriCycle (programme One Health de surveillance de l’Anti Microbial Resistance de l’OMS), le projet Surveillance de l’Antibio-Résistance en Afrique (SARA), dirigé par Sylvain Brisse de l’Institut Pasteur et financé par le Ministère des Affaires Européennes et Etrangères, vise à développer un réseau de surveillance et de recherche sur l’antibiorésistance dans 6 pays d’Afrique : Bénin, Cameroun, Madagascar, Maroc, République Centrafricaine, Sénégal. En y intégrant le Laboratoire de Bactériologie Médical et environnemental de l’Institut Pasteur de Bangui, les personnels de santé de la République Centrafricaine pourront disposer d’un outil permettant de prendre connaissance des données les plus récentes concernant le taux de résistance de différentes bactéries aux antibiotiques, aussi bien au niveau national que local.

Les taux de résistance aux antibiotiques, les mécanismes moléculaires de résistance et les interactions homme – animal – alimentation – environnement sont mal connus en République Centrafricaine, et cette expertise du projet SARA pourra fournir ces données essentielles pour définir des politiques publiques de contrôle de l’antibiorésistance, ainsi qu’en clinique pour la prescription d’antibiotiques avant que le(s) germe(s) responsable(s) de l’infection et sa sensibilité soient connus.

Le laboratoire de bactériologie médicale et environnementale de l’IPB surveille l’évolution des nouvelles formes de résistance aux antibiotiques sur le plan national. Il aide les laboratoires privés ou publics à identifier les formes émergentes de résistance aux antibiotiques, celles qui sont encore relativement rares mais en augmentation, et qui sont critiques du point de vue de la santé publique. Depuis le mois de février 2021, l’identification de l’antibiorésistance est facilitée par l’utilisation de l’automate ADAGIO, un appareil coûteux financé par le Rotary, pour la lecture et l’interprétation des antibiogrammes. A travers ce réseau SARA, le laboratoire de bactériologie médical et environnemental pourra construire des liens de collaborations scientifiques ou renforcer ceux déjà existants, définir une politique d’échange et de gestion des données partagées, mettre en place des ateliers de formation pratique, des cours théoriques et échanger des personnels entre institutions, partager stratégies et méthodes d’analyses de données épidémiologiques et microbiologiques. Le projet SARA se chargera des recommandations et directives complémentaires pour caractériser de manière ciblée et systématique les résistances importantes pour la santé publique au moyen de méthodes standardisées. Pour compléter cette surveillance globale, ce projet SARA à 1.000.000 d’euros, subventionnera des études spécifiques à un post doctorant durant 2 ans. L’Ambassade de France en République centrafricaine va également contribuer financièrement au développement du Laboratoire de Bactériologie Médicale et Expérimentale de l’IPB dans les deux prochaines années.

Grâce au projet SARA, la population centrafricaine pourra bénéficier d’une meilleure prise en charge grâce à l’amélioration des techniques diagnostiques ainsi qu’une potentielle mise à jour des recommandations de l’antibiothérapie probabiliste.