Les entomologistes de l’Institut Pasteur de Bangui recommandent au Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) et autres partenaires, d’élaborer des stratégies de lutte adaptées au contexte local, après avoir dressé un état des lieux dans la partie sud-ouest de la RCA, comprenant la mise à jour de l’inventaire des espèces d’Anophèles et des études appropriées sur la résistance de ces vecteurs aux insecticides.

 

La lutte efficace contre les vecteurs du paludisme nécessite de suivre dans le temps les espèces locales de vecteurs, leur comportement et leur sensibilité aux insecticides. En Centrafrique, faute de collecte périodique de ces données, la lutte antivectorielle ne produit plus l’effet souhaité.

Le laboratoire d’entomologie médicale de l’Institut Pasteur de Bangui a mené entre 2018 et 2019, une étude pour évaluer la sensibilité aux insecticides d’Anopheles gambiae s.l., vecteur majeur du paludisme et cartographier les espèces anophéliennes dans la partie Sud-Ouest de la RCA. Les sites étaient notamment : Mbaïki, Batalimo, Boda, Nola, Bayanga, Berberati, Carnot, Baoro et Bouar. L’équipe du laboratoire a relevé, lors de ses prospections, que la majorité des gites larvaires des anophèles étaient créée par l’homme et se situaient pour la plupart à proximité des habitations humaines. Cela constitue un facteur de risque majoré pour la transmission du paludisme. Cette étude a permis de mettre en évidence, la résistance à presque toutes les molécules insecticides testées, y compris les pyréthrinoïdes qui représentent la famille des insecticides recommandée par l’OMS pour l’imprégnation et la pulvérisation intra-domicilaire. Les bio-essais réalisés avec le butoxyde de pipéronyl (PBO), un synergiste des pyréthrinoïdes, ont montré des résultats satisfaisants sur la sensibilité de certaines populations d’An. gambiae s.l. aux pyréthrinoïdes. Enfin, en termes de mécanismes mis en œuvre par les moustiques, une forte prévalence de la mutation L1014F a été mise en évidence ainsi que des quantités élevées de certaines enzymes de détoxification des insecticides comme les estérases (α et β) et le glutathion S-transférase (GST). Parmi les espèces identifiées, An. gambiae s.s. représente l’espèce majoritaire sur tous les sites.

En conclusion, le statut de résistance observé parmi ces vecteurs a de graves conséquences pour la lutte contre le paludisme en RCA. A l’issue de cette étude et au vu des résultats générés, des recommandations ont été faites au PNLP et aux autres partenaires impliqués dans la lutte contre le paludisme en RCA afin d’élaborer des stratégies de lutte adaptées aux situations locales. Ces activités ont été menées grâce à un financement du Fond Mondial via World Vision.