Alain Farra, Thierry Frank et Sébastien Breurec (1), du Laboratoire de Bactériologie de l’Institut Pasteur de Bangui viennent de publier une étude montrant que près de 59% des enfants centrafricains de moins de 5 ans sont porteurs asymptomatiques d’Entérobactéries productrices de bêta-lactamases à spectre élargi (EBLSE) ; une des plus hautes prévalences jamais décrite au monde.

Les chercheurs ont déterminé la présence d’EBLSE dans les prélèvements de selles de 134 enfants en bonne santé. L’analyse des résultats a permis de constater que 79 enfants étaient porteurs de ces bactéries qui sont résistantes à tous les antibiotiques actuellement commercialisés dans le pays. Ils ont par ailleurs montré que 76% des souches d’Escherichia coli identifiées dans ces prélèvements proviennent d’une souche pandémique ultra virulente (B2-O25b-ST131).

Dans une étude réalisée en 2013 en milieu hospitalier, la même équipe de chercheurs avait isolé ces EBLSE à partir d’infections de sites opératoires (Infections nosocomiales). Ces nouveaux travaux apportent les premières données jamais réalisées sur le portage fécal de ces bactéries en milieu communautaire en Afrique sub-saharienne.

Les prélèvements étudiés dans ces travaux ont été précédemment collectés à Bangui entre 2011 et 2014 dans le cadre du projet Torcadia. Ce projet de recherche avait permis de déterminer les pathogènes à l’origine des diarrhées infectieuses chez les enfants. Il avait en particulier montré que les rotavirus, pour lesquels il existe un vaccin, étaient responsables de 40% des infections, plaidant pour la mise à disposition de ce vaccin à tous les enfants centrafricains. Torcadia avait également mis en évidence l’utilisation inappropriée d’antibiotiques en dehors des recommandations de l’OMS.

Ces nouvelles données décrivant une prévalence extrême du portage fécal de bactéries résistantes aux antibiotiques renforcent encore la nécessité d’une sensibilisation à une prescription et une utilisation adéquate des antibiotiques. Les médicaments dont la qualité n’est pas contrôlée, sont en vente libre dans tout le pays. Par ailleurs, dans la plupart des centres de santé, le diagnostic basé sur la seule observation des signes cliniques conduit à une surprescription d’antibiotiques. Il en résulte une prise en charge non adaptée des enfants et une utilisation favorisant l’émergence de résistances.

Classée au 180ème rang sur 187 selon l’indice de développement humain, la République Centrafricaine connait déjà une grande pauvreté et des conditions sanitaires très précaires. Près d’un enfant sur 6 meurt avant l’âge de 5 ans.

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Le projet Torcadia a été financé grâce au soutien de la Fondation Total

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(1) Sébastien Breurec travaille actuellement au Centre Hospitalier Universitaire de Pointe-à-Pitre/les Abymes, Laboratoire de Microbiologie clinique et environnementale, Pointe-à-Pitre, France